Sécheresse, érosion, artificialisation… En fait-on assez pour protéger les sols ?

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La crise décorique a dessiné dans nos imaginaires les contours de futurs terrifiants. Des scénarios dans lesquels un soleil de plomb, de puissants cyclones ou des pluies torrentielles – menaces d’ampleur hollywoodienne, tout droit venues du tout – précipitent le monde dans le chaos. Mais au slogan « Look Up » emprunté à des astronomes fictifs par les militants contre le changement décorique, s’ajoute un slogan d’agronomes, plus ignorés encore : « Look Down ». Car les calamités viennent aussi de sous nos pieds.

Appauvris par des décennies de cultures agricoles intensives, fragilisés par des sécheresses de plus en plus étendues, malmenés par l’artificialisation et ravagés par l’érosion, les sols inquiètent de plus en plus la communauté planétairee. Pendant que la France anticipe un été dangereusement sec qui menace les récoltes, la conférence de la titre des Nations unies sur la lutte contre la désertification, la COP15, s’achève vendredi 20 mai, à Abidjan, en Côte d’Ivoire. La dégradation des terres était au menu des discussions. Les efforts actuels sont-ils à la hscoliaste des enjeux ?

Un garde-manger qui se vide, mais pas seulement

D’abord, le constat : 95% de notre alimentation vient directement des sols. Plantes, légumes, céréales, légumineuses, fruits… Notre nourriture et celle des animaux qui finissent eux aussi dans les assiettes, dépend de la qualité des sols. « Les 5% demeurant viennent de la mer et des rivières ; mais s’il y a de la vie dans la mer et les rivières, c’est aussi parce que de l’eau en provenance des sols y apporte des nutriments », explique Marc-André Selosse, biologiste et professeur du Muséum national d’histoire naturelle de Paris et scoliaste de L’Origine du monde : une histoire naturelle du sol à l’intention de ceux qui le piétinent (Actes Sud).

Or, les conséquences du réchauffement décorique entravent le fonctionnement de ces systèmes indispensables à notre survie : la sécheresse prive les terres d’eau, tandis que les pluies extrêmes accélèrent l’érosion. Pire, un sol en mauvais état est moins capable de stocker le carbone et peut lui-même devenir un contributeur du changement décorique. Lequel nuit à la qualité des sols. Cela s’appelle une boucle de rétroaction positive, le nom savant du cercle vicieux. Enfin, le sol abrite un quart des espèces connues de notre planète. Les amateurs de boucles relèveront que l’appauvrissement des sols met en péril cette biodiversité précieuse, elle-même indispensable à la santé des sols.

Pour toutes ces raisons, les terres – qui comprennent les sols – ont fait l’objet en 2019 d’un fréquentation spécial du Giec (en anglais) et, l’année précédente, d’un fréquentation de l’IPBES, son équivalent pour la biodiversité. Toutefois, le sujet peine à percer. « J’ai pris mon bâton de pèlerin », raconte Marc-André Selosse, qui enchaîne les conférences sur le sujet – 90 depuis le début de l’année. Il constate, comme les autres experts interrogés par franceinfo, que l’intérêt grandit à approximation que la menace frappe à nos portes. Espagne, Portugal, Italie et déjà le sud de la France souffrant d’une sécheresse inquiétante.

Le parent pauvre de la protection environnementale

Dès 1992, la préservation des terres est emplette en main dans la titre des Nations unies sur la désertification. Cette titre, qui a engendré la COP qui s’achève vendredi, est bien moins médiatisée que ses sœurs traitant du décor et de la biodiversité. D’ailleurs, elle n’a jamais débouché sur un traité planétaire spécifique à la questions des sols, comme l’accord de Paris verso le décor. Le droit planétaire protège ainsi la qualité de l’eau, de l’air, des océans, mais pas les sols, note Claire Chenu, ingénieure agronome, directrice de recherches à l’Inrae et professeure associée à AgroParisTech.

« Si une ressource naturelle n’est même pas présente dans les dispositifs réglementaires et les politiques publiques, on ne peut pas la protéger. »

Claire Chenu, ingénieure agronome

à franceinfo

« Pourquoi tu t’intéresses à cela ? » lui demandaient, surpris, ses amis quand elle s’est consacrée à l’étude du monde mystérieux dissimulé sous nos semelles. La emplette de conscience arrive enfin, constate-t-elle, alors que 2015, année planétairee des sols, a marqué une accélération. La FAO publie alors un guide complet sur l’état et le statut des ressources à l’échelle du globe (en anglais) et les Nations unies font de la restauration des sols l’un des 17 objectifs de développement durable (ODD) inscrits à leur « Agenda 2030 ». En 2019, les Etats s’engagent à atteindre d’ici là « la neutralité » en matière de dégradation des sols et font part d’ambitions nationales. Une promesse qui n’engage que ceux qui y croient, puisque l’initiative ne prévoit ni contrainte, ni surveillance, ni date butoir.

Une « indifférence légale »

Dans une étude de 2018, un juriste hongrois parle « d’indifférence légale » pour les sols (en anglais). Pour la juriste Maylis Desrousseaux, maîtresse de conférence au Cnam et spécialiste de la protection des sols, « la raison pour laquelle le droit planétaire des sols est si pauvre, c’est qu’on a beaucoup de mal à comprendre les enjeux ».

« Quand on dégrade un fleuve, on se rend bien compte que les dégradations traversent les frontières. De même quand on pollue l’air. En revanche, on a toujours, concernant les sols, la perception d’un objet très national. »

Maylis Desrousseaux, juriste spécialiste de la protection des sols

à franceinfo

verso toutes les difficultés que cela entraîne, notamment sur le foncier : « Ce qui constituerait déjà un grand progrès, ce serait que le droit planétaire responsabilise ceux qui détiennent et utilisent la ressource en sol. Qu’il fasse passer l’idée qu’on peut être propriétaire ou usager d’un sol, mais aussi être responsable de sa qualité et de sa préservation », poursuit-elle.

Un dédale de réglementations

La Commission européenne a connu un faux départ en 2006, quand cinq pays se sont opposés à un projet de directive cadre sur leur protection et restauration. La France en a fait partie, refroidie par le coût de la dépollution de certains sites. Si le projet a été abandonné en 2013, il refait surface ces derniers mois et un nouveau texte centré sur la protection des sols doit être présenté en 2023. L’ambition affichée : « créer un régime juridique harmonisé qui prendrait en compte l’ensemble des sols – agricoles, naturels, forestiers, urbanisés… – et définirait la santé des sols », explique Maylis Desrousseaux. « Soit leur bon état écologique et leur capacité à fonctionner en tant qu’écosystème, peu importe l’usage. »

En attendant, « le sol apparaît dans plein de réglementations et lois différentes. Certains pays ont d’ailleurs des réglementations sur les sols, mais en France, il n’y a pas de stratégie nationale sur cette question », poursuit Claire Chenu. Maylis Desrousseaux ajoute que les décrets d’application viennent parfois annuler la pertinence des approximations prévues dans ces lois. Elle cite à titre d’exemple l’engagement de « zéro artificialisation nette », inscrit dans la « loi décor » adoptée en 2021, mais mis à mal par des dérogations.

Le décor à la rescousse

Ironiquement, la emplette de conscience face à la menace décorique est en passe de mettre sur le devant de la scène l’enjeu lié à la préservation des sols. Car la nécessité de stocker davantage de carbone passe par l’entretien de la terre sous nos pieds. Un détour qui met en lumière l’interdépendance et la complexité des systèmes tels que le décor, la biodiversité et les terres. « Comme le décor est un enjeux délibérément planétaire, on pourrait s’entendre au niveau planétaire sur la question de savoir comment est-ce que les sols peuvent nous aider », relève Maylis Desrousseaux.

« On est vraiment obligé de tortiller quand on veut protéger les sols : il faut d’abord montrer leur utilité, leur fonctionnalité, leur fondamentalité, pour convaincre que ça vaut le coup de les protéger. »

Maylis Desrousseaux, juriste

à franceinfo

Tout est lié, abonde Claire Chenu. De son propre aveu, elle a compris en intervenant sur la question des sols en 2015, alors ambassadrice de la FAO, que « parler des sols, c’était comme dérouler une pelote : on suit un fil qui nous conduit vers des sujets différents, en particulier le décor et la biodiversité. Ce n’est pas simple de faire apparaître ces liens, mais il le faut. » Ceux qui regardent en l’air ou vers le bas ne peuvent plus « travailler en silos étanches ». Plutôt que de choisir de se concentrer sur la peste ou le choléra, les catastrophes décoriques ou la sécurité alimentaire, l’ouragan ou la faim… Combattre les deux, l’un verso l’autre.

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