Vote électronique : «Il est plus compliqué à sécuriser que d’autres activités que nous pouvons faire par Internet»

Must Try

Le vote électronique ou en ligne peut-il être l’antivirus contre l’abstention ? Maintes fois posée depuis une vingtaine d’années, la question revient sur le devant de la scène après le premier tour d’élections régionales et départementales marqué par un désintérêt flagrant des électeurs. Les premières expériences à l’étranger ont souvent montré les limites d’un système électoral qui reposerait sur des moyens électroniques.

Le vote, via un site Internet ou une application ou sur une machine, implique des grandes précautions en termes de cybersécurité. Entretien avec Sunoo Park, docteure en informatique à Harvard et coautrice d’un article critique « Going from Bad to Worse : From Internet Voting to Blockchain Voting » « Du mauvais au pire, du vote sur Internet au vote sur la Blockchain ».

Chercheuse à Harvard en cybersécurité, Sunoo Park a publié un article scientifique critique sur le vote électronique. DR/Jin Lee

Quels sont les risques cyber qui touchent le vote par Internet ?

SUNOO PARK. Le vote en ligne donne l’impression que c’est plus pratique et plus simple que de se déplacer mais c’est aussi bien plus compliqué à sécuriser que d’autres activités que nous pouvons faire par Internet comme le shopping ou gérer ses comptes bancaires. Les solutions de cybersécurité les plus abouties nous font croire qu’Internet est bien protégé mais nous sommes encore loin d’un monde sans attaque car il y a encore souvent des fuites de données ou des attaques par rançongiciel ou par déni de service. Si elles s’en prennent à des services commerciaux, elles peuvent aussi toucher le vote par Internet. Certains appareils qui serviraient à voter en ligne pourraient aussi être contaminés par des logiciels malveillants qui changeraient le bulletin avant qu’il ne soit comptabilisé dans le système informatique général. Il y a aussi le problème des fraudes car il n’est pas encore possible de bien authentifier l’identité d’une personne à distance. Des assurances existent pour les fraudes à la carte bancaire ou les cyberattaques mais il n’y en a aucune pour le vote qui a pourtant un enjeu plus élevé.

Qu’est-ce que les récentes expérimentations lors de scrutins ont démontré ?

Des chercheurs en Australie ont étudié un vote en ligne en Suisse et ont détecté que la technologie utilisée par des centaines de milliers d’électeurs était mal sécurisée. Le système de vote en ligne de l’Estonie comportait aussi des failles de sécurité. Pour les dernières élections aux États-Unis, il y avait une application qui permettait de voter grâce à son smartphone qui devait être déployée. Mais une équipe de chercheurs du MIT a prouvé qu’il était possible de changer le suffrage, supprimer un vote ou même enregistrer un inconnu sur une liste électorale.

Qui a intérêt à pirater un vote par Internet ?

Les pirates qui s’en prennent au système bancaire cherchent à faire des profits, ils sont donc prévisibles et plus faciles à anticiper et à contrer. Les scrutins sont des cibles de grande valeur pour des attaquants de haut niveau ou financés par un État. Ceux qui cherchent à manipuler une élection s’en prennent au résultat final avec des investissements bien plus importants et donc des moyens plus sophistiqués. Ils n’ont en fait même pas besoin de modifier un résultat, il suffit que les électeurs doutent de la validité d’une élection pour que le système démocratique d’un pays en pâtisse.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Latest Recipes

Block title

More Recipes Like This

Voir aussi