Pegasus : des journalistes et militants du monde entier espionnés, plus de 1000 Français concernés

Must Try

Plus de 1 000 Français sont concernés. Des militants des droits humains, des journalistes et des opposants du monde entier ont été espionnés grâce à un logiciel Pegasus, mis au point la société israélienne NSO Group, selon une enquête publiée dimanche dans plusieurs médias. D’autres informations, concernant la surveillance de plusieurs chefs d’État et de gouvernement, devraient être publiées dans les prochains jours.

Pegasus, s’il est introduit dans un smartphone, permet d’en récupérer les messages, les photos, les contacts, et même d’écouter les appels de son propriétaire. L’entreprise, fondée en 2011 et qui a régulièrement été accusée de faire le jeu de régimes autoritaires, a toujours assuré que son logiciel servait uniquement à obtenir des renseignements contre des réseaux criminels ou terroristes. Mais les organisations Forbidden Stories et Amnesty International ont eu accès à une liste, établie en 2016, de 50 000 numéros de téléphone que les clients de NSO avaient sélectionnés en vue d’une surveillance potentielle. Elle inclut les numéros d’au moins 180 journalistes, 600 hommes et femmes politiques, 85 militants des droits humains, ou encore 65 chefs d’entreprise… selon une analyse menée par 17 rédactions.

Sur cette liste, figure notamment le numéro d’un journaliste mexicain Cecilio Pineda Birto, abattu quelques semaines après son apparition sur ce document. Des correspondants étrangers de plusieurs grands médias, dont le Wall Street Journal, CNN, France 24, Mediapart, El País, ou l’AFP en font aussi partie. En France, deux journalistes de Mediapart dont Edwy Plenel, mais aussi l’actuelle contrôleuse générale des lieux de privations de liberté et ancienne journaliste du Canard enchaîné Dominique Simonnot ou le chroniqueur Eric Zemmour sont aussi listés. Selon France info, plus de 1 000 Français sont concernés.

Les téléphones analysés

« Ce que l’on voit avec le projet Pegasus est très différent et encore plus inquiétant que ce qu’on voyait dans l’affaire Snowden, estime Laurent Richard, le directeur de Forbidden Stories, auprès de France info. Ici, on a à faire à une société privée qui vend un logiciel extrêmement intrusif à des États connus pour leur politique répressive en matière de droits de l’Homme et contre des journalistes. Et on voit clairement que ces États détournent cet outil pour l’utiliser contre ces populations-là. » Plusieurs pays sont pointés du doigt : le Mexique, l’Inde, le Maroc, l’Indonésie, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Kazakhstan, l’Azerbaïdjan, le Togo, le Rwanda et même la Hongrie, membre de l’Union européenne.

Les journalistes du consortium de médias qui ont mené l’enquête, dont font notamment partie Le Monde, Mediapart, The Guardian, et The Washington Post, ont rencontré une partie des personnes visées et ont récupéré 67 téléphones, qui ont fait l’objet d’une expertise technique dans un laboratoire d’Amnesty International. Elle a confirmé une infection ou une tentative d’infection par le logiciel espion de NSO Group pour 37 appareils, selon les comptes rendus publiés dimanche. Deux des téléphones appartiennent à des femmes proches du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, assassiné en 2018 dans le consulat de son pays à Istanbul par un commando d’agents venus d’Arabie saoudite.

Cette analyse, qui met à mal la communication de la société, s’ajoute à une étude, menée en 2020, par le Citizen Lab de l’Université de Toronto, qui avait confirmé la présence du logiciel Pegasus dans les téléphones de dizaines d’employés de la chaîne Al-Jazeera du Qatar. WhatsApp avait également reconnu en 2019 que certains de ses utilisateurs en Inde avaient été espionnés par ce logiciel.

NSO dément ces informations

Le groupe NSO a, comme à chaque fois, « nié fermement les fausses accusations portées » dans l’enquête. Elle « est bourrée de suppositions erronées et de théories non corroborées, les sources ont fourni des informations qui n’ont aucune base factuelle », a-t-il écrit sur son site, en précisant envisager de porter plainte en diffamation.

NSO est loin d’être la seule entreprise israélienne à être soupçonnée de fournir des logiciels espion à des gouvernements étrangers peu regardants sur les droits humains, avec le feu vert du ministère israélien de la Défense. Le logiciel « DevilsTongue » de la société Saito Tech Ltd, plus connue sous le nom de Candiru, a été utilisé contre une centaine de responsables politiques, dissidents, journalistes et militants, ont affirmé jeudi des experts de Microsoft et de Citizen Lab. Des entreprises d’origine israélienne comme NICE Systems et Verint ont fourni des technologies aux polices secrètes de l’Ouzbékistan et du Kazakhstan, ainsi qu’aux forces de sécurité de Colombie, avait estimé en 2016 l’ONG Privacy International.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Latest Recipes

Block title

More Recipes Like This

Voir aussi