Hyperconnectés même en vacances : les Français ont besoin de leur «doudou sans fil»

Must Try

Le psychologue Michaël Stora a été parmi les premiers à soigner les addictions aux jeux vidéo dans les années 2000. Fondateur de l’Observatoire des mondes numériques en sciences humaines (OMNSH), ce professionnel, auteur de l’essai « Hyperconnexion » (paru aux éditions Larousse en 2017) décrypte pourquoi les vacanciers restent accros à leur écran.

L’omniprésence des smartphones et autres écrans pendant les congés est-elle inquiétante ?

MICHAËL STORA. Cela fait longtemps que ces technologies, ainsi que les réseaux sociaux, ont envahi les foyers. Depuis 2020, la situation sanitaire a rendu les Français encore plus anxieux. Ils ont de ce fait encore plus besoin d’être connectés à l’information. Pas étonnant qu’ils ne parviennent pas à décrocher de ce que j’appelle « les doudous sans fil ». Même si je ne suis pas un ayatollah de la déconnexion, je trouve quand même symptomatique la difficulté toujours plus prégnante des salariés et, surtout, des managers, à couper momentanément ce lien invisible avec la sphère professionnelle. C’est une vraie dépendance au travail, et, comme le révèle une récente étude américaine, le phénomène est particulièrement net chez les 35-49 ans.

Michael Stora, psychologue, a consacré un ouvrage à la dépendance aux écrans, «Hyperconnexion» paru en 2017. DR

Et la présence de ces objets connectés sur les plages ?

Elle n’est pas si négative, notamment chez les ados, qui s’en servent traditionnellement beaucoup. Ces jeunes en font en réalité un véritable outil de partage, qui leur permet d’échanger énormément avec leurs amis sur les contenus auxquels ils ont accès, et de vivre ensemble des émotions, comme lorsqu’ils se servent de leurs mobiles pour écouter de la musique ou rire devant des vidéos. Cet usage est peut-être bien plus sain que celui des adultes, qui se servent davantage des messageries ou des applis comme des bulles et des moyens d’évitement, notamment pour échapper aux dysfonctionnements dans leur couple ou leur famille.

Quels sont les risques d’une trop grande connexion sur les réseaux sociaux, toujours très fréquentés l’été ?

J’ai déjà beaucoup évoqué leurs dégâts psychologiques, car ces réseaux présentent le risque d’éloignement du réel, lorsque les échanges et les conversations deviennent majoritairement virtuels. L’étalage de photos ou de vidéos qui renvoient à l’usager, surtout s’il est fragile, l’image de vies idéales trop éloignées de la sienne est également un risque de grande frustration ou de souffrance psychique. La dépendance aux réseaux sociaux dénote une vraie dépendance aux autres. C’est le signe d’une profonde solitude.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Latest Recipes

Block title

More Recipes Like This

Voir aussi