Contenus sexuels : 5 minutes pour comprendre pourquoi OnlyFans a suspendu son interdiction

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Après avoir annoncé la semaine dernière l’interdiction des contenus sexuels sur sa plateforme, OnlyFans a « suspendu » sa décision mercredi. Elle avait causé un fort émoi parmi les travailleuses du sexe, nombreuses sur le site. Retour sur les raisons de ce virage à 180°.

Une audience qui a explosé en 2020

Sur OnlyFans, il faut payer un abonnement pour pouvoir voir les contenus des créateurs. C’est un moyen pour les travailleuses du sexe de monnayer leur image. Cette pratique a explosé pendant la pandémie, puisqu’elle mettait ces femmes en relation avec des clients sans les exposer à des risques de contamination. OnlyFans, qui prend une commission de 20% sur les abonnements, a vu ses résultats financiers monter en flèche cette dernière année. Son chiffre d’affaires a augmenté de 553% de novembre 2019 à novembre 2020 et ses recettes nettes d’impôts ont atteint 375 millions de dollars, selon Axios. La plateforme a 120 millions d’utilisateurs et fonctionne grâce au sentiment de proximité qu’elle crée : des utilisateurs ont accès à des contenus « exclusifs » de la part d’influenceurs.

Cependant, certaines banques partenaires de la plateforme craignaient pour leur image. Dans une interview au Financial Times publiée mardi, le fondateur et directeur général du site, Tim Stokely, a notamment accusé la banque américaine BNY Mellon d’avoir refusé d’effectuer des virements depuis des comptes d’utilisateurs vers ceux de créateurs. « Nous n’avions pas le choix » a-t-il dit au sujet de sa décision de bannir tout contenu sexuellement explicite », mais pas la nudité..

Ce n’était pas la première fois qu’un réseau social prenait une initiative de ce type. En 2018, Tumblr avait annoncé bannir tout contenu sexuel de son site. En janvier 2019, à peine un mois après cette décision, la plateforme avait déjà perdu 100 millions de vues sur ses pages, soit 17 % de son trafic. En décembre 2020, Mastercard et Visa ont déclaré que leurs cartes de crédit ne pourraient plus être utilisées dans l’immédiat sur Pornhub, accusé d’héberger des vidéos pédopornographiques. En réaction, le site a supprimé tous les contenus publiés par des comptes non vérifiés. La pression des acteurs bancaires est donc bien réelle sur ces sites. Et efficace.

Un modèle économique fragile

Les effets de cette pression tiennent au modèle économique de ces plateformes. Pour celles qui publient des contenus à caractère sexuel, l’équilibre est fragile entre une croissance grâce aux abonnements, et des risques de faillite à cause des intermédiaires qui permettent aux abonnés de payer les créateurs de contenus. « L’influence des opérateurs de solutions de paiement est grande, même pour ceux qui acceptent de le faire pour des sites qui contiennent de la pornographie. Dans ce cas, ils prennent des commissions très élevées, parce qu’il y a un risque plus important que si on s’abonne à Netflix ou Spotify », explique François Lévêque, professeur d’économie aux Mines Paris Tech, auteur du livre « Les Entreprises hyperpuissantes : Géants et Titans, la fin du modèle global ? ». Ce risque, c’est celui de la réputation, comme l’a expliqué le fondateur d’OnlyFans lui-même. Une entreprise ne veut pas être mêlée à des comportements répréhensibles ou considérés comme déviants, et surtout à des réseaux qui hébergent des contenus pédopornographiques, ce dont est accusé OnlyFans.

« Cela réduit considérablement les profits et la santé financière des sites porno. Le porno n’est pas un eldorado , poursuit l’économiste. Pour lui, il n’est « pas invraisemblable » qu’enlever les contenus sexuels d’OnlyFans pourrait s’avérer bénéfique pour la plateforme. Les intermédiaires financiers prendraient dans ce cas des commissions moins conséquentes, et cela pourrait même ouvrir la voie à des contenus publicitaires.

Un rétropédalage pour soutenir ses créateurs de contenu

La décision de changer les règles a outré de nomblreux créateurs de contenus de la plateforme. « La décision d’OnlyFans est un bon exemple de l’hypocrisie générale et de l’oppression des travailleurSEs du sexe. D’un côté, on nous utilise parce que tout le monde aime nos services, de l’autre, une fois que la plateforme a assez de succès, on nous censure et on nous jette », a notamment dénoncé sur Twitter le Syndicat du Travail du Sexe.

La décision d’OnlyFans est un bon exemple de l’hypocrisie générale et de l’oppression des travailleurSEs du sexe.
D’un côté, on nous utilise parce que tout le monde aime nos services, de l’autre, une fois que la plateforme a assez de succès, on nous censure et on nous jette.

— STRASS – #SexWorkIsWork #TDSNousExistons (@STRASS_Syndicat) August 21, 2021

La quantité exacte de comptes qui diffusent des contenus sexuels sur la plateforme n’est pas connue, mais il est certain qu’ils sont nombreux et qu’ils ont contribué à populariser OnlyFans. Face à la polémique, l’entreprise a fait marche arrière. « Merci d’avoir fait entendre vos voix. Nous avons réuni les garanties nécessaires pour soutenir notre communauté diverse de créateurs et avons suspendu notre changement de politique prévu pour le 1er octobre. OnlyFans fait front pour l’inclusion et nous continuerons à offrir un hébergement à tous les créateurs », écrivait ainsi la plateforme sur Twitter mercredi.

Thank you to everyone for making your voices heard.

We have secured assurances necessary to support our diverse creator community and have suspended the planned October 1 policy change.

OnlyFans stands for inclusion and we will continue to provide a home for all creators.

— OnlyFans (@OnlyFans) August 25, 2021

Ce n’est probablement pas la seule raison pour laquelle OnlyFans a changé d’avis. Enlever les contenus sexuels, pour cette plateforme, c’est redevenir un réseau social comme les autres, qui ont des règles de modérations plutôt strictes sur la pornographie. « Se dégager comme ça du porno, c’est tout d’un coup se retrouver à côté des grandes plateformes comme Instagram et de Youtube, et rencontrer de la concurrence plus sévère », confirme François Lévêque, « On comprend que ça soit compliqué de sortir du porno pour OnlyFans ».

Reste à voir si ces revirements de situation auront un effet à terme sur la plateforme. Certains créateurs avaient annoncé la semaine dernière se désinscrire d’OnlyFans, et se concentrer sur son concurrent Mym. Le rappeur Tyga a, lui, décidé de surfer sur l’évènement en lançant son propre site, Myystar, « plus futuriste, de meilleure qualité, avec seulement 10% de commission. Les créateurs pourront produire le contenus de leur choix ! » a-t-il fait savoir.

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