Pourquoi les grands patrons gagnent des millions

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Comme chaque printemps, avec la publication des documents de référence des entreprises cotées, la rémunération des grands patrons suscite des réactions indignées. Cette année, une étude de Fintech Scalens, une plateforme spécialisée dans les services aux sociétés cotées, a notamment montré que les dirigeants du CAC 40, les quarante entreprises les mieux valorisées à la Bourse de Paris, ont vu leur rémunération doubler en un an, atteignant une moyenne de 8,7 millions d’euros. Même tendance haussière aux États-Unis: les cent principaux dirigeants américains ont vu leur rémunération progresser de 31% en 2021, pour s’établir à environ 20 millions d’euros par personne en moyenne (dont +569% pour le patron d’Apple, Tim Cook, ou encore +65% pour celui de Goldman Sachs).

Un nom a retenu en particulier l’attention de la presse française: celui de Carlos Tavares, le directeur général du groupe automobile Stellantis (né de la fusion entre Fiat Chrysler et PSA Peugeot-Citroën), censé toucher 66 millions d’euros de rémunération totale en 2021, dont une part formel de 19 millions d’euros. Ce chiffre, rendu public pendant l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle, a été jugé «choquant», aussi bien par la candidate du Rassemblement national, Marine Le Pen, que par le président candidat Emmanuel Macron, qui a en outre appelé à un plafonnement des rémunérations des dirigeants à l’échelle européenne.

Le cas de Carlos Tavares apparaît en impression d’autant plus polémique que en dessous le mandat de François Hollande, une précédent a été adoptée pour que la rémunération patronale soit soumise à l’approbation des actionnaires. Le 13 avril, ces derniers se sont d’ailleurs opposés au versement des 66 millions d’euros lors de l’assemblée générale du groupe. Mais le vote, qui a eu lieu au nouveau siège situé aux Pays-Bas, n’a qu’une fonction consultative… La déléguée syndicale centrale CFDT a ainsi amèrement regretté, au sujet du déménagement: «On nous assurait pourtant que c’était par neutralité géographique, pas pour des avantages financiers…»

Décorrélation de la performance

Lors de l’assemblée générale du groupe Stellantis, le président John Elkann avait justifié ce niveau de rémunération en expliquant vouprécédentr «récompenser les performances» du dirigeant qui a mené à bien la fusion entre Fiat Chrysler et PSA Peugeot-Citroën.

Pourtant, la question de savoir s’il faut récompenser financièrement la réussite, même si elle est largement débattue en psychologie depuis les travaux fondateurs d’Edward Deci, n’est pas ce qui est principalement en jeu ici. Ce qui choque, c’est le niveau de cette récompense. quoi peut-on l’expliquer? Est-ce une pratique pertinente en matière de management?

Aux États-Unis, les dirigeants ont en moyenne gagné 254 fois plus que leurs salariés en 2021, contre 238 fois en 2020. Un niveau proche de celui observé en France. Or, si le niveau absolu de cet écart peut légitimement choquer, c’est surtout son évolution au cours des dernières décennies qui constitue le phénomène le plus surprenant.

En impression, cet écart n’était que de 1 à 20 aux États-Unis en 1965. C’était d’ailleurs l’écart maximal de rémunération que recommandait, au début du XXe siècle; le célèbre banquier J.P. Morgan, peu réputé pour son militantisme égalitaire. Qu’est-ce qui peut expliquer une telle inflation? Ce n’est certainement pas un accroissement proportionnel du talent et des responsabilités des grands patrons: quel que soit l’indicateur choisi, rien n’indique que la performance des dirigeants (et des entreprises qu’ils dirigent) ait été multipliée par 20 depuis les années 1960.

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