Le «findom», un jeu de soumission qui peut rapporter gros

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Vénérées comme des reines par leurs soumis, les maîtresses dominatrices ont fait de Twitter leur royaume. Peu regardant envers les contenus sexuels, le réseau social n’est pas du genre à modérer les paires de fesses et les messages crus. «Sur Twitter, il n’y pas de censure sur le sexe, donc il s’y développe un petit monde parallèle», nous guide Mistress Annaxxx. À 23 ans, elle a décidé de se reconvertir en «domina», le nom de ces personnages féminins autoritaires assoiffés d’argent. Et ces dominatrices n’y vont pas de main morte. «Tu n’as aucune autre utilité à mes yeux que celle de cracher des billets et répondre au moindre de mes caprices», lâche l’une d’entre elles dans un tweet.

Tu n’as aucune autre utilité à mes yeux que celle de cracher des billets et répondre au moindre de mes caprices.

— Enchanteresse k (@Syndraxx1) June 29, 2021

Les moyens d’attirer ceux que les dominas appellent leurs soumis sont nombreux. Cela peut aller de la simple publication d’un ticket de caisse post-shopping à rembourser, à la mise en ligne d’une cagnotte Lydia ou Galeries Lafayette. Mais sur certaines plateformes comme Vends ta culotte, les dominatrices peuvent aussi proposer des services en échange. Publier une photo humiliante de leur soumis sur Twitter coûtera 15 euros à l’heureux élu. Se faire ignorer lors d’une session cam de trente minutes? Cela peut grimper jusqu’à 60 euros. Un coup de téléphone humiliant d’un quart d’heure? C’est 33 euros. Le temps des dominas, c’est de l’argent.

Par le passé, Mistress Annaxxx a été escort. «J’ai depuis quelques temps pas mal d’amies dans ce milieu. Quand j’étais escort, j’ai rencontré des soumis. Une amie proche m’a proposé de faire quelques séances de domina. Et puis, j’ai ouvert un compte Twitter, parce que pour recruter mes soumis, il me fallait un profil.» Depuis, pour compléter son chômage, elle poste elle aussi des messages autoritaires pour appâter le chaland. Pêle-mêle: «Alors les loosers, qui pour me servir?», «Bon les putes j’ai la vaisselle à faire et la salle de bain à nettoyer. Tu veux lécher mes pieds? C’est le moment» ou «Je mange avec ma copine, tu rembourses».

Bon les putes jai la vaisselle a faire et la salle de bain à nettoyer. Tu veux lécher mes pieds ? C’est le moment

— Mistress Annax (@mistressAnnaxxx) June 24, 2021

À côté de Twitter, elle possède également un compte Onlyfans, qu’elle n’actualise plus beaucoup. Moins rentable et moins marrant: «Gagner 250 euros en disant juste au mec “encore mon chien, j’en veux encore” c’est plus cool que quand ça ne monte qu’à 100”.» Avec un seul soumis, elle explique parfois gagner autant en un jour qu’en un mois sur Onlyfans. Pour s’assurer de la visibilité, multiplier les moyens de gagner de l’argent ou pour le plaisir qu’elles en retirent, les dominas multiplient leur présence sur différentes plateformes.

BB Kelly, qui jongle entre Onlyfans, Vends Ta Culotte et Twitter, a elle aussi pris goût à ce jeu et au personnage despotique qu’elle a créé, qui, d’après elle, ne serait pas trop loin de la réalité: «Kelly est un personnage, oui et, surtout, non. Je suis naturelle ici, évidemment on est comme au théâtre donc on en rajoute, mais je pense que si on n’est pas soi-même, ça se voit. La personne en face se rendra compte au cas où en fait trop ou si l’on pratique des choses qui ne nous plaisent pas. C’est un milieu super ouvert et je pense que c’est l’occasion d’être soi-même à 10.000%.»

Donnant-donnant

BB Kelly a également été travailleuse du sexe avant de se lancer dans la domination en novembre 2020. Son truc? Uniquement le findom (financial domination), la domination financière. Une activité à laquelle elle consacre des heures: «Tous les jours, il faut produire du contenu excitant, le mettre en avant ou discuter avec les réguliers comme avec les nouveaux. Je passe en moyenne huit heures par jour sur Twitter et sur les autres plateformes. Mais quand je me lève et que je n’ai pas envie, je ne me force pas.» Sa pratique, BB Kelly ne la résume pas qu’à une question de rentabilité par rapport au temps passé et raconte être «vraiment excitée» par ce qu’elle fait. Elle rajoute que, de toute façon, elle a un métier à côté.

«Même ceux qui ne raquent que de temps en temps, je parle avec eux.»

Cleopatre, dominatrice

L’argent récolté par les dominas ne leur tombe pas en un claquement de doigts, aussi bien manucuré soit-il. Et la relation ne serait pas à sens unique. Cleopatre, dominatrice depuis plus d’un an, insiste: c’est donnant-donnant. Le dominé ne repartirait jamais les mains vides: «Je ne dirais pas que les gens n’ont rien en retour. Même s’il y en a qui te font une offrande et que tu ne leur réponds jamais, bah c’est le délire. Il n’y a pas rien en échange de leur dévotion, ils n’ont pas payé pour rien. Moi je vais m’occuper d’eux, je vais m’occuper de leur dévotion. Même ceux qui ne raquent que de temps en temps, je parle avec eux. Et je sais qu’on est beaucoup dans ce cas. Enfin, une fois que la personne est rentable, mais c’est le principe en fait. C’est très stimulant pour les deux!»

Gonfler l’ego

«Chiens», «gros bouffon», «pigeon». Les dominés se font traiter de tous les noms et ils aiment ça. Comment expliquer qu’ils paient pour du mépris? «Le “money slavering” est assez complexe. Je ne l’explique pas, c’est un jeu de soumission, répond BB Kelly. Je pense qu’aucun “kink” sexuel ne s’explique à 100%. Certains disent que c’est une excitation en rapport avec le fait de raquer, d’autres que les hommes sont simplement heureux d’avoir notre attention.»

Une attention qui ne se limite pas toujours au virtuel. Mistress Annaxxx rencontre parfois ses soumis. Elle pratique le cashmeet, des rencontres devant un distributeur de billets.

«Je suis plutôt soumise dans ma vie perso, alors c’est marrant d’inverser les rôles.»

Mistress Annaxxx, dominatrice

Une fois l’argent récolté, elle s’en va. Mistress Annaxxx donne aussi dans les séances réelles d’humiliation. «Je fais ces séances en duo, avec une amie, pour ne jamais être seule. Je fais en sorte de ne pas me mettre en danger.»

Certaines dominas s’échangent même des messages pour savoir si la personne qui les contacte est fiable. Pour l’instant, à part un homme qui l’a «plantée en plein rendez-vous shopping», elle n’a pas fait de mauvaises rencontres. Mieux: être domina regonflerait son ego. «Je suis plutôt soumise dans ma vie perso, alors c’est marrant d’inverser les rôles. Les dominés cela peut-être des vieux, des riches, des moins riches, des étudiants. Mais voir un mec tout musclé à ses pieds, c’est kiffant. Et ça peut changer ta vision des hommes.»

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