Il faut abolir les buffets à volonté

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«C’est les vacances, lâchez-vous les filles!» lance une mère à ses adolescentes pendant qu’un couple de retraités prélève consciencieusement un peu de tout, Madame précisant haut et fort: «N’oublie pas de prendre de l’omelette. Ils n’en font qu’une fois.»

Un client attend son tour pour se servir en crêpes mais se fait doubler par un autre, à l’alllure pourtant très smart et qui, après avoir hésité un court instant, prend de la main celles qui restent. Un peu plus loin, c’est une incroyable razzia sur le salé. L’hôtel n’assure pas les déjeuners? Raison de plus pour faire du stock en pain de mie, en jambon, en fromage… sans oublier les pommes qui ont l’avantage de bien se conserver.

Le fin vernis de civilisation craquelle. Il semblerait que la politesse, la tempérance, le respect n’aient plus lieu d’être. C’est chacun pour soi. Et que le plus rapide emporte tout ce que bon lui semble.

D’autant qu’un buffet n’est «à volonté» que s’il est renouvelé en permanence. Ceux qui ont expérimenté le petit déjeuner de l’hôtel connaissent les produits qui, victimes de leur succès, partent très vite et sur lesquels ils faut se concentrer prioritairement. Ils disposent en ce sens d’un avantage certain sur les autres qui découvrent, errent, tergiversent. Le lendemain, s’ils sont encore là, les «autres» ne se feront pas avoir deux fois.

Le gaspillage est un snobisme

Les premiers clients sont déjà partis, laissant des plateaux encore chargés de plats cuisinés tout juste commencés, de viennoiseries et de pâtisseries à peine entamées, de bols de fromage blanc quasiment remplis, de tranches de pain et de fruits intacts qu’il faudra malgré tout jeter. En avaient-ils vraiment envie? La question ne s’est pas posée, en tout cas pas en ces termes. Ce buffet, ils l’avaient payé, ils y avaient le droit. Quitte à en laisser la moitié. Après tout, un buffet serait-il vraiment «à volonté» s’il fallait manger tout ce que l’on prenait?

Il n’est pas inintéressant de noter que, dans cet établissement, les clients qui en laissaient le plus aimaient aussi cultiver une attitude très décontractée, au point pour certains d’arriver nu-pieds. Genre: les beaux hôtels, on s’y sent comme chez nous. On connaît. La nourriture, c’est un peu la même chose: le gaspillage est un snobisme. Se tenir, c’est se retenir. C’est s’exposer à la tentation pour y résister. Comment cela serait-il possible si on n’en prenait pas suffisamment pour en laisser plein? Il n’y a que les pauvres qui se bâfrent ou qui respectent trop la nourriture pour en laisser, non?

On dira que c’est un snobisme marginal. Peut-être, mais à l’heure où la lutte contre les ravages de l’obésité et du gaspillage alimentaire se généralise, le buffet à volonté symbolise une forme d’obscénité et de décadence qui frise l’écœurement.

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