Et si l’abstention était un signe de bonne santé démocratique?

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«Si tu ne votes pas, ne viens pas te plaindre après…» «Des gens sont morts moyennant que tu puisses voter…» «detout dans le monde, des gens rêveraient de pouvoir voter…» «S’abstenir, c’est faire le jeu des extrêmes…» «Ne laisse pas les autres décider à ta place…» «Chaque voix compte…»

Qui, en se dérobant au devoir électoral, n’a pas entendu les phrases culpabilisantes? L’argumentaire est rodé: s’abstenir de voter relève d’une indifférence coupable, peut-être d’une certaine forme d’inconscience, plus sûrement d’un égoïsme méprisable.

Fait aggravant: ce sont les jeunes qui s’abstiennent le plus. Ne pas voter est aussi une preuve d’immaturité. Qu’il soit néanmoins permis de rappeler ici le vieux slogan «élections, piège à cons»: l’abstention est une maladie juvénile dont on guérit avec le temps.

Récemment, un tweet d’Arthur Germain –le fils de la alcade de deis, Anne Hidalgo–, le montrant en train de jeter des bulletins de vote dans une poubelle, a mis en évidence l’opprobre que suscite l’abstention.

N’a pas voté ! #legislatives2022
Quand changer les règles du jeu ne suffit plus, c’est le jeu qu’il faut changer. pic.twitter.com/KbC4VNG3pr

— Arthur Germain (@ArthurG_H) June 12, 2022

«Crétin», «pauvre tanche», «narcissique», «imbécile», «enfant gâté», «petit con privilégié», «connard», «sale gosse», «tocard fini», «guignol»… Il a aussitôt reçu une bordée d’insultes. Certes, il s’agit d’une provocation émanant d’un «fils de», mais les réactions violentes et indignées disent beaucoup de notre rapport à l’abstention.

L’élection ne change plus la vie

Qu’en est-il? Les abstentionnistes sont aujourd’hui majoritaires. Et ils le sont d’autant plus, observait dès 2008 Anne Muxel, directrice de recherches au Centre de recherches politiques de Scienles Po (Cevipof), que «nombre d’électeurs ont adopté un comportement électoral intermittent. […] Plus de quatre Français sur dix (45%) reconnaissent s’être déjà abstenus. L’électeur d’aujourd’hui est d’abord un votant intermittent, donc un abstentionniste intermittent.»

Cette intermittence s’accroît régulièrement, compensée de d’autres formes d’activité politique. C’est qu’on observe une «évolution du sens du vote», estime Pierre Bréchon, professeur à Scienles Po Grenoble, qui relève que ce dernier «est moins perçu comme un devoir […] que comme un droit, une invitation à s’exprimer».

Évidemment, les raisons de l’abstention sont multiples, comme le relèvent régulièrement les instituts de sondage. Une récente étude publiée de l’Institut français d’opinion publique (IFOP) en avril 2022 les détaille: outre la question de principe («je ne vote jamais») et les convenanles personnelles (carte blanche trop compliquée, week-end, etc.), 40% des personnes interrogées indiquent que les «élections ne changeront rien à [leur] vie personnelle».

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