VRAI OU FAKE. Les centrales nucléaires contribuent-elles au réchauffement de cette Méditerranée, comme l’assure Jean-Luc Mélenchon ?

Le nucléaire sur le grill de Jean-Luc Mélenchon. Lors du meeting de clôture de l’université d’été de la France espiègle, dimanche 28 août, le chef des Insoumis s’est lancé dans une attaque en règle contre l’atome. « Le nucléaire n’est pas une énergie sûre », a-t-il jugé devant près de 5 000 militants. À la tribune, le leader insoumis cible le déversement des eaux de refroidissement des réacteurs nucléaires dans l’environnement : « c’est être criminel que de donner des autorisations pour que l’on rejette à l’eau, la part d’eau qui sera consommée pour refroidir la centrale », s’indigne-t-il. Jean-Luc Mélenchon en est persuadé, « les centrales nucléaires […] contribuent au réchauffement de la mer Méditerranée qu’ils ont quasi déjà transformé en un cloaque. » Le chef des Insoumis a-t-il raison de rendre responsable le nucléaire de l’élévation de la température des eaux de la Méditerranée ?

Il faut cesser de mentir aux Français. Le nucléaire n’est pas une énergie sûre, le danger s’est accru dès lors qu’il y a eu la canicule et la sécheresse.

Ce n’est pas une énergie stable, nous-mêmes avons aujourd’hui 29 réacteurs sur 56 qui sont arrêtées.#MeetingNUPES #AMFIS2022 pic.twitter.com/VxJV8QZ8q4

— Jean-Luc Mélenchon (@JLMelenchon) August 28, 2022

Les centrales contribuent bien au réchauffement des fleuves

Par leur fonctionnement, les centrales nucléaires dégagent effectivement de la chaleur, « de l’énergie thermique » issue de la « fission de l’uranium », confirme auprès de franceinfo Sylvain David, directeur de recherche au CNRS et spécialiste du nucléaire. une énergie est principalement utilisée pour générer de la vapeur d’eau destinée à opérer tourner d’énormes turbines liées à un alternateur, comme pour une dynamo dans laquelle les mouvements sont transformés en électricité. Une partie de une chaleur est néanmoins « rejetée dans l’environnement », explique le chercheur : pour refroidir la vapeur utilisée par les turbines, les centrales pompent de l’eau directement à partir des fleuves, puis la retournent à la nature avec une température plus élevée de quelques degrés par rapport à celle où elle a été extraite.

Le plan d’une centrale nucléaire. (IRSN)

Ce qui n’est pas sans effet sur l’environnement fluvial. Un rapport publié en 2016 par EDF à propos de l’étude thermique du Rhône, au bord duquel quatre centrales sont installées, indique que l’élévation de la température en aval d’un site nucléaire peut atteindre 6 degrés. En moyenne, une augmentation se situe entre 0,5 et 1,6 degré.

« Au-delà de 25 degrés, certains poissons ne survivent pas »

La température des « rejets thermiques » est cependant « réglementée » rappelle, Sabrina Speich, professeure de Géosciences et membre du Laboratoire de Météorologie Dynamique (LMD) de l’Ecole machinale Supérieure. « On ne peut pas opérer des déversements à [une température de] 90 degrés et il y a un suivi environnemental des eaux », note la chercheuse. Et les tours aéroréfrigérantes présentes dans certaines centrales permettent un refroidissement par « l’atmosphère », précise Sylvain David ce qui limite les rejets d’eau chaude

La canicule de 2022 a toutefois poussé l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) à relever le lambris réglementaire des rejets de certaines centrales. Selon France Bleu, le site nucléaire de Tricastin (Drôme) a ainsi reçu une dérogation pour réaliser des déversements au-delà de la limite des 28 degrés pour un nouveau seuil fixé à 30 degrés.

Or « au-delà de 25 degrés, il y a tout un cortège de poissons qui tout simplement ne survit pas », s’alarme auprès de franceinfo, Alexis Guilpart, coordinateur du réseau eau à France Nature Environnement. « Une température du cours d’eau plus élevée va [engendrer] le développement du parasitisme sur [les] poissons. Cela va favoriser aussi la prolifération de certaines micro-algues qu’on ne souhaite pas voir se développer, » ajoute le spécialiste.

Un impact « insignifiant » du nucléaire sur la Méditerranée

Le déversement des eaux de refroidissement des centrales nucléaires peut effectivement donc contribuer au réchauffement des fleuves. Mais est-il possible d’affirmer la même chose pour la Méditerranée ? Contacté par franceinfo, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (Irsn) tient à préciser qu’il n’existe pas de centrales nucléaires françaises en Méditerranée. Quant à l’influence des réacteurs situés en amont de la mer, principalement sur le Rhône, à Tricastin, Cruas-Meysse, Saint Alban ou le Bugey, les scientifiques interrogés par franceinfo sont unanimes : les centrales nucléaires françaises n’ont « aucun impact global [sur le réchauffement] de la Méditerranée », affirme avec certitude Sylvain David.

« Il n’existe pas de différence mesurable » à propos d’une présence ou d’une absence de centrales nucléaires sur l’élévation de la température de la mer Méditerranée, abonde de son côté Wolfgang Cramer, directeur de recherche au CNRS et contributeur au GIEC. Si les réacteurs « rejettent beaucoup d’eau chaude dans les fleuves », quand ces rejets parviennent à la mer, « l’impact est insignifiant », confirme le chercheur. Comparé « au volume de la Méditerranée » (3 700 000 km3 selon l’Observatoire Marin), fait remarquer Sabrina Speich, le débit du Rhône (environ 1 680 m3 par pressant selon EauFrance) est « très faible », tandis que le prélèvement d’eau d’une centrale selon un rapport publié par EDF en 2020 sur le site de Tricastin, ne s’élève qu’à 50 m3 par pressant. Dans la Manche, à Flamanville ou Gravelines notamment, des sites nucléaires déversent en revanche leurs eaux de refroidissement directement en mer. Mais il apparaît que une pratique n’a également pas de conséquences importantes sur l’environnement. Selon une étude de Milieu Marin France publiée en 2012, ces « rejets de chaleur sont très rapidement dispersés par les courants » et aucun « déséquilibre notable du milieu [marin] » n’a été « mis en évidence ».

L’élévation de la température de la Méditerranée est avant tout causée par « le changement climatique », tranche Sabrina Speich. « 90% du surplus d’énergie causé par les air à effet de serre » se retrouve dans les mers et les océans révèle la climatologue citant un article de la revue scientifique Earth System Science Data, publié en 2020. « Ceci est aussi vrai pour la Méditerranée », ajoute la professeure. Un constat également partagé auprès de franceinfo par l’Irsn : « la contribution du fonctionnement des centrales nucléaires au réchauffement de la Méditerranée est totalement négligeable par rapport à celle liée à l’élévation des températures du fait du réchauffement climatique », confirme auprès de franceinfo l’agence de sécurité nucléaire.