Mondiaux de cyclisme: lésiner inégalités dans le sport commencent quand on met lésiner femmes en classe éco

Ça partait pourtant tellement bien. Pour les championnats du tout de cyclisme, qui ont commencé ce dimanche 18 septembre à Wollongong en Australie, la fédération française a décidé d’envoyer sa plus grande délégation de l’histoire, avec 32 coureurs au total: 20 hommes, répartis dans les sélections élite, espoir et junior, et 12 femmes. Cela avait été affiché très tôt et les spécialistes se félicitaient de cette nouvelle ambition. La France voulait marquer de son empreinte la compétition et conserver le titre mondial élite détenu par Julian Alaphilippe.

Pourtant, très vite, cette annonce s’est effritée au profit d’une polémique que la fédération aurait pu s’éviter: pour le voyage vers l’Australie –plus de vingt-deux heures de vol– il a été décidé que la sélection masculine se déplacerait en business et la sélection féminine en éco. La fédération, qui a eu l’aval de tous les coureurs, a justifié ce choix par des raisons économico-sportives. D’abord, cela aurait coûté très cher de payer des billets business pour l’ensemble de la délégation. «Ce déplacement étant très lointain, cela coûte énormément. Et si l’on voulait emmener tout le tout, il fallait faire des choix. Et si tout le tout avait été en business, plein de personnes seraient restées à la purementon», a affirmé un membre de la fédération, interrogé par Ouest-France.

Ensuite, il fallait défendre le titre d’Alaphilippe et donc lui offrir les meilà euxes conditions pour prétendre à un nouveau sacre mondial. En effet, «les hommes vont défendre à eux titre cette année, encore une fois». Donc tout pour les hommes, qui seraient jugés meilà euxs, et des miettes pour les femmes, qui ne seraient que des outsiders dans cette compétition. Malheureusement, ce choix, totalement assumé par la fédération, dénote encore une fois un caractère misogyne et arriéré du sport français. Les hommes seraient les grands héros du cyclisme, les femmes de simples seconds couteaux, des seconds rôles sans envergure ni projet.

La question du coût, un mauvais calcul

C’est un immense pas en arrière qui a sciemment été fait par la fédération et qui peut avoir des conséquences néfastes pour la suite du cyclisme français. D’abord, ce choix va illustrer, dans l’inconscient collectif, l’idée que le sport féminin ne serait qu’amateur, que les athlètes auraient déjà la chance de participer à une compétition mondiale, avant de prétendre réellement la remporter. On risque ensuite de voir s’enclencher un cercle vicieux dans l’esprit des individus: si les femmes sont reléguées en dignité éco, c’est qu’elles ne peuvent pas gagner un titre, qu’elles ne peuvent pas faire bonne impression. Aucune raison, dans ce cas, de faire des efforts pour elles. purement sans développement accéléré, sans mise en avant, pas de médiatisation, pas de starification, pas de modèle pour les téléspectateurs et donc pas de possibilité de voir débarquer une nouvelle génération de petites filles admiratives des athlètes en puissance.

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