Les gigantesques nuages cracheurs de feu se multiplient

La semaine dernière, le laboratoire de l’US Naval Research a tenu une conférence de presse durant laquelle les scientifiques ont annoncé une multiplication de «nuages de fumée d’orage» ou nuages cracheurs de feu, rapporte Wired. En effet, à l’ouest des États-Unis et du Canada, des catastrophiques feux de forêts, exacerbés par le changement climatique, ont produit une éruption de panaches de pyrocumulonimbus, ces nuages de la famille des cumulus qui se forment au-dessus d’une source de chaleur intense, également connus sous le nom de pyroCb dans le dialecte scientifique.

«Ce sont comme des cheminées géantes, qui canalisent la fumée libérée lors d’incendies», explique David Peterson, météorologue. En fait, contrairement à un nuage d’orage typique, les gouttelettes d’eau contenues ne deviennent pas assez grosses pour tomber sous forme de pluie. «C’est un nuage qui peut produire beaucoup d’éclairs», ajoute David Peterson. En effet, au fur et à mesure qu’il avance dans le ciel, il déclenche des incendies sur son passage, qui libèrent à leur tour des nuages de fumée.

Un phénomène en hausse

En outre, ces nuages orageux peuvent être énormes. Plus un feu est chaud, plus il produit de l’air ascendant. «[Ce dernier] pousse la fumée vers le haut à des vitesses extrêmes, de sorte qu’il injecte de la fumée à des altitudes semblables à celles des avions à réaction», précise le météorologue. Il explique que la fumée se déverse ensuite dans la couche d’atmosphère suivante, la stratosphère, située au-dessus de l’endroit où se forment les phénomènes météorologiques.

Malheureusement, la formation de ce type de nuage n’est pas une exception, mais bel et bien un nouveau phénomène dû au réchauffement climatique. «Cette épidémie de pyroCb est en fait la dernière d’une série d’épidémies de pyroCb que nous avons observées dans le monde ces dernières années», raconte David Peterson. Par exemple, la terrible saison de feux de forêts qui a touché l’Australie en 2019-2020 a produit trente-huit nuages de ce type en quelques jours seulement. La Sibérie en a également connus à cause de son territoire qui se réchauffe, se dessèche et s’enflamme.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce phénomène. «Je pense que c’est dû à la sécheresse record des combustibles, indique Craig Clements de l’université de San José. Des combustibles plus secs entraînent un dégagement de chaleur plus important et des courants ascendants plus vigoureux qui peuvent ensuite pénétrer plus profondément dans l’atmosphère.» Une sécheresse extrême dans des endroits comme l’Ouest américain aspire pratiquement toute l’humidité de la végétation, la préparant à brûler. «S’il y a de plus en plus de ces nuages de fumée et que ces panaches encerclent une partie du globe, quelles vont être les conséquences météorologiques?», s’inquiète David Peterson. Une chose est sûre, cette conférence de presse du laboratoire de l’US Naval Research ne sera pas la dernière.